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Dans les informations qui ont été publiées par la presse britannique hier, il y a malheureusement pire que le décès d’Elizabeth II : The Guardian rapporte un article tout juste paru dans Science, et qui inventorie les seuils de température au-delà desquels pourraient se déclencher des conséquences irréversibles (du moins à l’échelle de millénaires) de la dérive climatique actuelle : https://bit.ly/3erengE

Toutes les conséquences en question ont déjà fait l’objet de parutions scientifiques bien sûr, mais l’intérêt (si l’on peut dire) de cet article est de tout rassembler en un même lieu.

Un autre intérêt est de donner des fourchettes hautes et basses pour le déclenchement des conséquences, puisqu’il y a bien sur une incertitude sur les valeurs. Mais… il faut se garder de penser qu’une incertitude est une invitation à l’inaction “en attendant d’y voir plus clair”. C’est au contraire un signal d’alarme majeur.

S’il y a une incertitude sur la présence d’un cambrioleur meurtrier dans votre quartier, il est peu probable que votre réflexe soit de laisser la porte grande ouverte “en attendant d’y voir plus clair”. De même, s’il y a une incertitude sur la présence d’un camion en travers de la chaussée après un virage un jour de brouillard, il est peu probable que votre réflexe soit d’appuyer encore plus fort sur l’accélérateur.

Pourtant, avec l’incertitude sur les conséquences, c’est l’inverse que nous choisissons de faire : de délibérément accélérer en pariant sur le fait qu’il n’y aura pas de pépin. Heu…

Dans les conséquences évoquées dans cet article, les processus suivants pourraient prendre place avec le respect de l’Accord de Paris (élévation < 2°C) :

A un peu plus que 2°C (qui est ce que nous aurons en nous contentant d’attendre les pics de production du pétrole, du gaz et du charbon) nous entrons aussi dans la zone où une disparition de la forêt équatoriale amazonienne est possible (les modèles climatiques voient un assèchement de la zone à 2°C), un ralentissement ou arrêt de la dérive Nord Atlantique (improprement appelée Gulf Stream mais c’est le courant qui réchauffe l’Europe), et autres joyeusetés.

Répétons le : comme le changement climatique est une expérience grandeur nature, toutes les conséquences ne sont pas prévisibles à l’avance. Mais elles sont toutes irréversibles. Agir massivement pour en diminuer la probabilité d’occurrence n’est pas gaspiller nos moyens de manière irréfléchie.